Indicible

 

 

 

Ton verbe est un baiser

qui butine et palpite

qui se cache et et cale

 

Écaille décalée

Coquille et caille

Écaille écalée

 

 

Butine autour de ma bouche

avec de maintes

circonvolutions risibles

 

langue brève desséchée

parcheminée m’abreuve

feu déclaration liquide

 

 

Faute d’oser

tu n’oses pas

folie douce que je te dois

 

Écaille décalée

Coquille et caille

Écaille écalée

 

 

 

De grâce appelle-moi

« Impossible »

 

Que chaque mot perle à tes lèvres moites

Comme un collier de dents que l’on ne porte pas

 

 

L’espoir renaît en moi

Comme un tortillon de seigle

Un peu collet monté aux confits de la bonbonnière

exquisément

Acidulé le goût du pain à l’issue d’un jour sans

 

Ce qui est tu est ce qui est toi

Ce qui est moi est ce qui est mû

Ce qui m’émeut est ce qui m’est dû

L’émoi doucement recommence

 

C’est sucré

 

 

 

 

Masculin-féminin

 

 

 

Sous les deux pieds d’un pont

élevé sous Louis XV

stagne un jour de chance

entraînant comme une épitaphe

léger comme un camion

 

Passe un Apollon velu

un long apologue à relire

dans le démêchage chenu

d’un épilogue cagoulé

tel est habile démagogue

 

Qui d’autre reste ici ?

au même instant, la poisseuse Bruxelles est à trois heures de train

lisons l’Iliade, éludons l’heure

un hélicoptère vrombit

gracieux comme un hanneton sur son pétale avance

 

Son hélice s’élance

avec l’élégance d’un ectoplasme

qui vient en aide infiniment varié

bruit de voix ultime voyage

amour, délice et orgue

 

Absence totale de graphologues

au vent les écrits s’envolent en V

c’est un son

serré dans les tuyaux d’un basson rouge

comme dans un gosier la voix hésite

 

 

Est-ce la guerre ? que non

il y a que

refrain joie jolie soyez sages

c’est lourd que s’est grave flop flop

hop ! musique et tradéridondaine s’en va

 

 

Nos lèvres sont rouillées

toute bruissantes de larmes

elles parlent mais ne nous parlent pas

or si personne n’articule

nous reverrons l’aréopage

 

D’après lui

Poésies

 

Outre, que je suis pleine de vide

Et ai la peau plus grande que les yeux

Pardonnez mes offenses

Et ma peau de vin danse

A l’envi de mes yeux

 

Je suis d’une indécence

Outre, mon ignorance

Me met à merci des rinceurs

Des buveurs

Et autres âmes perfides

 

Je viens du haut de la montagne

Où l’air est pur

Ainsi que les phalanges bleues

Outre, cette innocence

Je la regrette un petit peu

 

Je suis venue dans la vallée

De larmes et crime alléchant

Vidée par un mage méchant

Où je gis là d’une obscure nostalgie de plénitude

Outre, il me tarde

 

De retrouver mon lendemain

 

 

C’est bête ! J’ai oublié bêta, la 2e lettre, le 2e jour

 

Βῆτα

 

Piqué par l’odeur alentour

De pluie sans eau pour le pastis

Pour boire une essence d’alcool

Dans l’ivresse intense où les menthes rient

Fleurissent à deux l’une à l’autre

Et pleure du cristal d’anis

Au plaisir de ses mots de tête

Des lendemains qui s’usent vite

 

Comme les siens

Sur ses rivages sans murmure

Et ses paysages sans vue

L’organisation du silence

À l’eau-delà de l’au revoir

 

 

Masqué de ses cils à rebours

Pour humidifier les pupilles

Pour anesthésier les papilles

Épuiser les végétations 

Dont l’ablation par chirurgie

N’a pas été bien opérée

 

Faire de sa médecine un art

Et pour son auto-guérison

Positivement s’il le faut

Développer les négatifs

Aux photos des flasques rétines

Fardeaux des yeux qui n’y croient mèche

N’y voient que les larmes de cires

De chandelles préméditées

Pour des repas d’ogres funestes

Être un Jupiter concubin

Ô préméditation du crime

Tout obsédé d’obscénités

 

Rabaisser tout ce que l’on touche

Réduire tout ce que l’on tire

Demeurer à la même couche

En regrettant d’être resté

Vider ailleurs son sac à foudre

En maudissant d’être assailli

Par le désir inassouvi

D’avoir un corps un sexe doués

D’ubiquité

3 juillet, lettre 3 : gamma

Γάμμα

Paré taillé de beaux atours

Face à celles et ceux qui aiment
Qui ont des peines et les prouvent
Se croire un prince sans péché
Parfait dans sa propre voilure
Très satisfait de son allure
Sans nuage, sans vent, luxure
Honnie de l’impropriété

Dégager des chaleurs astrales
Dans les miroirs de mâles flammes
Pour tous les yeux braqués sur soi
Dans le miroir braqué de tous les yeux
Au regard de ses mâles flammes
Parfait, satisfait, satisfait
Avec une audace finie

Vider un fond de khôl qu’entoure
Avec force un casque de hargne
Qui commande une grande flotte
De son équipée de vengeance
Bercée sur des flots ravageurs
Maquillée en bonté suprême
Traits de retouches et de brume
À la santé de l’Éternel

L’Épopée de Midi

Salut ! 

Le premier juillet est un beau jour pour commencer. 

J’ai écrit ce texte il y a près de quarante ans, me croyant déjà au bout de ma vie… du moins à la fin de sa meilleure moitié : il n’en est rien, j’en aurai cinquante dans peu de mois !

Je vous le présente aujourd’hui : l’épopée est assez longue, allant d’alpha à oméga, mais je n’en publierai qu’une lettre par jour, un format plus long étant difficile à faire passer.

Voici pour aujourd’hui son introduction : bonne lecture, et surtout bon courage, et merci d’avance si vous le lisez… de A à Z 😉

 

 

L’ Épopée de Midi

 

Lettres de l’impromptue

 

Stances de romances

Épître élégiaque

Hymne satirique

Cantate et cantique

Complainte rhapsodique

Jusqu’à l’esquive de l’idylle

Ô l’oméga, poison violent de ses adieux

Sans un iota dithyrambique

 

Quel début, quel centre, ou quelle fin ?

Vers quel soir, ou vers quel matin ?

Un cycle, un cercle, ou un zéro ?

Prendre à la lettre, ou prendre au mot ?

Un point de départ ou de chute ?

Avant, pendant, ou après-coup ?

Un vide, un plein ?

Un contenu, un contenant ?

Prendre l’air, ou le mors aux dents ?

Un quelque chose, ou rien du tout ?

Un univers, ou un néant ?

Comprenne qui voudra

Entende qui saura

Choisir entre deux maux :

Prendre de la place

Ou prendre le temps

Dans tous les alphabets possibles

D’alif à yā

D’азъ à Ѳита

D’olaf à taw

De l’asha au oßal

D’.- à –..

Ou par de l’Abbé de l’Epée

D’épeler sa brève existence